Vicnent (.|)

Sauter dans le vide : ça, c'est fait.

J’ai sauté. 6 fois déjà. 6 fois 50 secondes de chute libre. 300 secondes d'absolu pur bonheur...

Mais qu’est ce qui peut donc bien pousser un être humain à se jeter d’un avion en parfait état de fonctionnement, volant à 4000m ? Probablement l’envie d’aller chercher son adrénaline. Ça tombe bien, au propre, comme au figuré ;-)

Souvenez vous, il y a quelques jours, lors de mes préparatifs de vacances, j’avais évoqué la première partie, en trois temps.

Le temps du milieu était consacré au passage de notre PAC. Progression Assistée en Chute.

Premier jour : c’est Mlle Katia (Grande nouvelle copine de Raphaële) qui nous fait les cours. Un parachute : c’est quoi, c’est fait comment, ça marche comment ? Le saut, les incidents, les aléas, les positions en vol, les figures etc… Le soir, nous sommes (7 dans le groupe très sympa) tous impatients de vivre cette nouvelle sensation. Malheureusement, pour nous, jeunes padawan débutants, le vent souffle quelque peu trop fort, et comme la sécurité passe avant tout le reste, pas question de sauter. Nous nous rattrapons par un resto collectif.

Deuxième jour. La veille, on nous a demandé de nous pointer tôt. Premier saut à 8h30. Vers 8h00, Raphaële et moi arrivons, non sans avoir quelque peu juré de devoir nous lever si tôt. Vers 8h10 : avionnage. C’est Tristan, qui, depuis sa cabane, rentre dans son logiciel que telle personne va monter dans tel appareil et va sauter à telle altitude. À h-5min, appel au micro. Je sors du hangar, combinaison vétue et parachute enfilé. C’est Nedge qui s’occupe de ma vérif. Avec Arnaud, j’ai révisé mon saut. Sortir de l’avion avec dynamisme, stabilisation, technique, être attentif à l’altitude (ou l’altimètre), bien écarter les bras, les jambes. On monte dans l’avion. C’est un « twin-otter » (parce que deux hélices, une sur chaque aile) banalement appelé « le Twin ». On a la chance de faire notre PAC pendant le dernier gros stage de l’équipe de France féminine de Vol Relatif qui, sauf incident, sera championne du monde de VR4 (Vol relatif à quatre) en Allemagne au mois d’août. Les Miss et Dédric, le video, s’entrainent à 3200m. Hop c’est parti pour elles. Quant à nous, Arnaud, Nedge et moi-même, mais aussi pour les autres trios, ça continue de grimper jusqu’à 4000m.

4000m enfin. Où déjà ? J’ai la trouille de ma vie. J’ai peur, mais cette peur est saine parce que je sais qu’il ne m’arrivera rien, sauf des torrents d’adrénaline qui vont aller irriguer mon corps tout entier. Mais d’un autre coté, c’est aussi ça que je suis venu chercher. La porte s’ouvre. D’ici, ce qu’on distingue n’est rien qui soit au niveau du détail. Tout ce qu’on voit, ce sont des assemblages. Assemblages de champs ici, assemblages de maisons là… En gros, on voit ceci : merci GoogleMaps.

Arnaud me regarde. Je dois avoir la tête des jours où ça ne rigole pas car il me demande sourire. Je lui réponds avec un peu d’humour que d’une part, je souris, mais seulement à l’intérieur, mais que d'autre part, je suis mort de trouille mais que je vais « y » aller. Il me réponds qu’heureusement que j’ai peur car sinon, c’est lui qui aurait peur… J’ai installé mon casque. C’est un casque léger en cuir/plastique qui protège en cas de petite chute à l’arrivée. Il ne remplace pas un parachute, on est bien d’accord. Sur l’extérieur, une petite radio pour le guidage « sous voile » et pour le déclenchement du « top arrondi » à l’atterrissage. Arnaud m’appelle. Je me place à la porte, au milieu, Arnaud à droite, Nedge à gauche. Je regarde devant moi. Il n’y a rien. Sauf 4000m de plein de vide. J’entends quelque chose comme « OK ? ». Je regarde Arnaud. Je lui réponds « OK ! ». Puis, comme bien appris dans la procédure, je me retourne vers Nedge et lui dit également « OK ! ». Je sais, à cet instant précis, que plus rien ne peut m’empêcher de basculer dans le vide et que ça va ce faire dans la seconde. Je me maltraite de « pauvre taré » quand tout à coup, c’est parti…

Je sors suis sorti de l’avion. Il y a comme une sorte de trou noir. La sensation résultante est si peu naturelle que mon cerveau doit se mettre en veille quelques secondes. Puis, accroché à droite et à gauche par mes moniteurs, je cherche la bonne position, maintes et maintes fois répétées au sol. Car à cet instant, je n’en mène toujours pas large. Je me raccroche à la technique de vol, de stabilisation en vol. Je fais mes poignées témoin, regarde mon altimètre et essaie, tant qu’il m’est possible, de comprendre la gestuelle de Nedge qui me dis d’écarter les bras, de faire des poignées témoins ou de tendre les jambes. Puis, arrivé à 2000m, je fais le « coin coin » des mains, pour montrer à mes moniteurs que je suis parfaitement conscient d’être à 2000m et que donc, dans 500m/10s, il me faudra ouvrir mon parachute. 1500m : je lâche le hand deploy (sorte de mini parachute qui aide à l’extraction du grand) et je suis stoppé (comme) net dans ma chute à 40 000 km/s 200 km/h vers le sol. Ça tire très fort. Je hurle « putain, yes, il s’est ouvert ».

J’ai le droit à 5 minutes d’émerveillement avant l’atterrissage. Je commence par les manœuvres de sécurité. Regarder la voile, les suspentes, la stabilité etc.. Puis, immédiatement, je me mets en quête de la drop zone, puis, une fois cela fait, en quête de la grande flèche orange qui indique le sens du vent de posé. Je commence à seulement me rendre compte de ce que je viens de faire. C’est complétement fou. Bref, il est déjà 1000m et dans 500m, il me faudra être environ à un des coins du terrain où nous sommes obligés d’atterrir. J’amorce quelques virages. Ça penche fort, et bien que nos voiles écoles se rapprochent plus d’un tank que d’une Aston Martin (Je sais Éric, très bon choix dans la comparaison), j’hésite à tirer franchement sur les manettes. À 500m, je suis au bord du terrain et commence mes manœuvres en rectangle. J’ai un peu peur de m’écraser mais bon, j’ai la technique en tête, reste plus qu’à en démontrer la maitrise… plus que 20m me séparent du plancher des vaches, plus que 15, plus que 10 ou alors c’est 15 ou peut être déjà 5 ??!!? bref, le sol arrive vite, et je pose les pieds. Puis les mains. Mais tout va bien. Je ne me souviens presque de rien, mes 50 secondes de chute libre n’ont pas excédées 3 secondes (heureusement qu’il y a la vidéo..). Mais bordel nom d'une pipe, je n’ai envie à ce moment que d’une seule chose : recommencer. Au débriefing, Nedge et Arnaud m’indiqueront qu’en gros « il n’y a rien à dire, techniquement, c’est nickel ». Ça veut dire que je me demerde bien, et qu’aux prochains sauts, je n’aurai plus qu’un seul moniteur…

Les sauts suivants (1 saut le premier jour, 2 le deuxième, et 3 le troisième) me permettront de valider les 3 niveaux de la PAC avec toujours plus de plaisir et de sensations : les sorties en boules, sur le dos etc, en vol : roulades, loop et autres retournements. Au cinquième saut, ma PAC est techniquement validée, sauf qu’il en faut six. Arnaud me propose la sortie de mon choix puis m’indique qu’il me rattrapera et me demandera un certain nombre d’exercices… En fait, Vincent, un autre moniteur (28 ans, 11000 sauts…), avec Arnaud dans la combine, m’a baptisé à sa façon : me demandant de venir voir un truc qu’il me semble être le « point de dérive », me demande de me rapprocher de la porte (ouverte) de l’avion. Ne comprenant pas trop ce qui se passe (la sécurité fait rarement appel à l'aléatoire...), je demande à Arnaud ce qu'il se passe quand il m'indique d'aller écouter Vincent près de la porte. À la porte, c'est simple : les deux moniteurs me poussent puis me projettent violemment hors de l’avion sans que je comprenne quoi que ce soit, me permettant ainsi de faire ma première sortie avec des rotations simultanées autours des 3 axes…

Ah oui, quand même : à part le sixième saut à la fin duquel je me suis posé comme si je descendais d’un trottoir, il me faut arrêter mes « refus de sol », et donc arrêter de me gameler/galérer aux atterrissages… De toute façon, mes pommes de mains sauront me le rappeller…

Des photos suivront, un beau DVD est en cours de rippage, pour vous montrer quelques sauts…

Nous avons modifié la partie II des vacances : nous écourtons le sud pour aller déjà sauter à nouveau : Brevet A cette fois ci !

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Commentaires

1. Le mercredi 26 juillet 2006 à 19:48:14, par Luc

Whoauouh ! T'as osé !

Chapeau ! Moi, je te dis tout de suite, c'est pas dans ma liste, ce truc de ouf ...

Bon, enfin, quand même : respect !

    Votre Serviteur vous parle, enfin, ... en cunéiforme pour l'instant: Épicurisme mon Ami... faut tout essayer... ;-)

2. Le mercredi 26 juillet 2006 à 20:49:07, par Eric C.

Il y a quand même un truc qui m'ennuie avec le paru...le paracha...la chute libre, c'est que seuls ceux pour qui ça s'est bien passé peuvent témoigner.
Et ça, moi, je dis, ça introduit un biais inacceptable.

    Votre Serviteur vous parle, enfin, ... en cunéiforme pour l'instant: Approche trop statistique. La libération du secours n'arrive en moyenne que tous les 700 sauts environ....

3. Le jeudi 27 juillet 2006 à 21:57:49, par Laurence

Bravo !!! Te lire me donne (encore plus) envie d'essayer (c'est un de mes p'tits rêves), mais franchement je crois que je n'oserai jamais...

Vous êtes gonflés d'avoir commencé directement par un stage de plusieurs jours ;)

    Votre Serviteur vous parle, enfin, ... en cunéiforme pour l'instant: Raphaële et moi même avions fait de l'automatique. Cela fait quelques années que nous nous étions promis de faire de la chute libre. Le problème avec un saut unique, en dehors de tout aspect pécuniaire, est que c'est tellement bon que cela en deviendrait frustrant. Les sensations du premiers sauts sont de plus tellement novatrices que finalement, ce qu'on en garde ne reste qu'une impression. Le fait d'avoir sauté plusieurs fois nous permet d'accéder au plaisir de la chute. Avec un seul saut, ce n'est pas possible. Peut être en Tandem... Reste que pour ma part, cela m'a couté aussi une côte cassée...

4. Le vendredi 28 juillet 2006 à 10:54:02, par Supermama

Alors elle est cassée finalement ta côte ? Mince alors ! T'as plus qu'à attendre que ça se remette et à ne rire de rien pendant plusieurs semaines : tu vas avoir du mal ...

    Votre Serviteur vous parle, enfin, ... en cunéiforme pour l'instant: effectivement, ne plus rire, ne plus éternuer, ne plus tousser, ne pas respirer trop fort, ne plus porter de sac à dos, ne pas m'allonger trop vite (les abdos tirent sur les cotes), ne pas me retourner (ça écrase les cotes), ne pas lever les bras (ça tire sur les pectoraux qui tirent sur les cotes...), bref, je suis mort. Si on rajoute à (tout) ça le fait que j'ai très mal dormi cette nuit et que j'ai de fait un beau torticolis, je crois que je vais aller aux urgences quémander un "traitement à la Ariel Sharon" ;-). Mais c'est bête que je ne puisse plus rire, l'actualité n'arrête pas de me donner des envies : HP, le tour de France cyclodopé, DADVSI (qui finalement va s'autodétruire...), les 150 euro avec sursis pour violences volontaires avec préméditation (infraction qui n'existe pas !!! sacrés journalistes !!), Saddam qui demande à être fusillé en tant que Soldat et non pendu etc...

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